Nous pouvons tuer. Notre non-acceptation du meurtre est un libre choix collectif.
Casser la baraque – Système Justice
11 Juillet 2011
Comme tout le reste de notre société, notre système de justice est en transition.
Du moins il y a certains évènements qui tendent à nous le rappeler.
Les cas de Bertrant Cantat et de Guy Turcotte.
Ce que je vois c’est qu’il y a confusion sur le rôle et la nature du système de justice.
Premièrement, il semble y avoir un malaise chez certaines personnes dû au fait que l’on juge et punit.
On parle de réhabilitation, que punir ou se venger ne règlera pas le problème etc.
On a dit, à propos de Cantat, qu’il avait payé sa dette. Aussi qu’il avait remboursé sa
dette à la société.
Mais comment peut-on payer une telle dette et la doit-on à la société?
Je suis sympathique avec cet aspect de la réalité. En effet, nous devons être
miséricordieux, et tout faire pour aider et avoir une attitude constructive car
le mal est fait et à la vengeance ou les punitions ne ramèneront pas les
personnes qui ont été tuées.
Pour le pardon, oui. Mais pour la libération, wow minute.
Rappellons que ce n’est pas nous qui jugeons et condamnons le meurtrier. C’est lui-même qui s’est
condamné en agissant de la sorte car il savait les conséquences du meurtre dans
notre système et notre société.
En fait, notre système de justice ce n’est pas la justice avec un grand J.
Cette justice ne nous concerne pas, ce n’est pas de notre ressort. Cela nous dépasse.
Il y a trop d’éléments complexes en jeu.
D’ailleurs n’est-ce pas le 2e commandement que le Christ nous a donné : de ne pas juger.
Ce n’est pas notre job de juger. Ce qui devrait nous préoccuper c’est de nous assurer que
nous ne sommes pas responsables de ça. Comment? Premièrement en mettant les
choses au clair dès le départ : on ne tue pas. Ensuite, en ne laissant pas ceux qui le font, en liberté, en ne
laissant pas faire, car sinon on se trouve coupable par omission. Et finalement
en prévenant du mieux que l’on peut et cela se fait en mettant clairement en
évidence les conséquences pour ceux reconnus coupables et aussi, surtout, en faisant
ce qu’on dit que l’on ferait lorsque cela arrive car sinon ce ne sera pas pris
au sérieux et tout l’exercice devient stérile et finalement on se trouve à ne
pas utiliser ce moyen pour prévenir et donc on manque à notre devoir.
Bon, je vais dire la même chose mais autrement…
Alors quel est le rôle du système judiciaire?
C’est un système d’intégrité et de responsabilité collective.
Il est un outil de notre intégrité en établissant les règles qui clarifient ce qui n’est
pas acceptable. Il est aussi un outil de notre intégrité par son effet
préventif que lui donne son pouvoir de sévir et d’exclure de notre société une
personne fautive. Le système arrive à cette fin en instaurant une sainte
crainte qui sert de balise dans l’éventualité qu’une personne en vienne à envisager
le meurtre.
Notre responsabilité implique la prévention et celle-ci repose sur l’efficacité de ce
mécanisme. Pour que ce mécanisme soit efficace il doit être pris au sérieux par
la personne qui dans le feu de l’action ou dans un moment décisif fait un choix
en évaluant les conséquences.
Cette crainte prend la forme d’une petite voix intérieure d’autoprotection et de
dernier recours qui rappelle à la personne le risque et les conséquences si
elle se fait prendre.
C’est pour cette efficacité qu’il importe que les conséquences judiciaires pour un meurtre
soient claires et respectées.
((Autrement dit, lorsque quelqu’un avoue avoir tué ses enfants, on ne le laisse pas en
liberté ensuite, pour quelques raisons que ce soit. Qu’il soit étiqueté non
criminellement responsable par les psychiatres n’enlève pas le fait qu’il a
tué. ))
Il est de notre responsabilité de créer un tel système et de le maintenir fonctionnel au
meilleur de nos possibilités car autrement nous nous trouvons responsables pour
les meurtres qu’il aurait pu prévenir.
On a décidé que le meurtre n’était pas acceptable et que ceux qui le commettent ne peuvent
plus demeurer dans notre société.
Ce n’est pas une panacée pour régler les problèmes mais il sert à mettre les choses au clair
entre nous sur ce qui n’est pas permis et des conséquences advenant que quelqu’un
contrevienne à ce qui a été préalablement convenu et accepter.
Il importe de reconnaître ici que nous sommes libres de tuer. Ne pas accepter le meurtre
dans notre société est un choix que nous faisons librement. Cela n’a pas
toujours été ainsi et ne l’est toujours pas dans certains coins du globe à ce
que je sache.
Le rôle du système de justice est de prévenir des actes que nous ne voulons pas en mettant
les choses au clair sur les conséquences pour ceux qui contreviennent sur ce
que nous avons préalablement choisi. C’est
un outil de prévention.
Nous sévissons car c’est ce que nous avons dit que nous ferions, non pas pour punir
ou se venger mais pour être conséquent avec nous-mêmes et que l’effet préventif
demeure efficace.
Patrick Tétrault sherbrooke, Québec, Canada

